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Train de vie des institutions en RDC

Le pillage systématique des revenus nationaux par les élites politiques.

Plutôt que de revenir sur les pratiques de corruption déjà largement dénoncées, ce rapport propose une autre grille de lecture de la prédation : celle d'une répartition budgétaire inéquitable qui permet à une poignée d'élites de s'approprier les ressources publiques. En confrontant les lois de finances, les rapports de la Cour des comptes et des entretiens menés auprès d'acteurs politiques et de la société civile, il met face à face ce que les institutions consomment et ce qu'elles allouent réellement à la population — puis propose sept mesures pour y mettre fin.

Les chiffres clés

261,5 M USDCoût de la Présidence de la République sur le seul premier semestre 2024, soit 99 % de son budget annuel voté au parlement.
451,3 M USDSortis du Trésor public entre janvier et juin 2024 pour la Présidence, la Primature, le Secrétariat général du Gouvernement, l'Assemblée nationale et le Sénat.
121,7 % contre 29,6 %Exécution des dépenses de fonctionnement des institutions, face à celle des investissements sur ressources propres.
21 000 $ contre 100 $Rémunération mensuelle d'un député national en 2022, face au solde d'un policier, d'un militaire ou d'un enseignant.
91,3 M USDÉconomie prévisionnelle pour le Trésor public si le Sénat était supprimé du budget 2024.
Moins de 10 %Part du budget annuel que la RDC consacre à l'investissement, quand le Kenya y affecte plus de 15 %.

Ce que montre le rapport

  • Le pays consomme plus qu'il n'investit. Au premier semestre 2024, les dépenses de fonctionnement des institutions dépassent les prévisions, tandis que le financement des réformes, le fonctionnement des services déconcentrés et les bourses d'études n'ont connu aucun décaissement.
  • L'opacité protège les rémunérations des élites. En l'absence de politique salariale équitable, le secret entretenu autour des émoluments, primes et « fonds invisibles » rend toute exigence de redevabilité impossible.
  • Des structures parallèles et obsolètes continuent d'être financées. Doublons entre services anticorruption, école judiciaire pourtant supprimée par décret, organes devenus sans objet mais toujours budgétisés : autant de crédits soustraits aux projets d'investissement.
  • Les engagements politiques restent verbaux. La réduction du train de vie des institutions figure dans le programme du gouvernement et dans les discours présidentiels depuis des années, sans traduction budgétaire durable.
  • Le débat a deux visages. Il est à la fois un discours démagogique porté par les décideurs publics et l'expression d'une véritable quête de justice sociale, portée par toutes les couches de la société congolaise.

Nos recommandations

  • Rationaliser les institutions budgétivoresÀ commencer par le Sénat, dont la suppression dégagerait une économie prévisionnelle de plus de 91 millions de dollars.
  • Plafonner les postes ministérielsLes gouvernements comptent en moyenne 55 membres depuis 2007, chacun ouvrant droit à des indemnités d'entrée, de fonctionnement et de sortie.
  • Supprimer les structures parallèles et obsolètesEt réaffecter leurs crédits aux projets d'investissement prioritaires.
  • Rationaliser les avantages exorbitantsCeux dont bénéficient les animateurs des institutions, pendant leur mandat comme après sa cessation.
  • Basculer vers le budget-programmePlus de 80 % des ressources affectées aux projets d'intérêt public, 20 % au plus au fonctionnement des institutions et aux rémunérations de leurs animateurs.
  • Publier les salaires des agents publicsRendre publics les salaires et primes réels à tous les échelons et convoquer une table ronde nationale sur les salaires publics.
  • Rendre compte, institution par institutionChaque institution doit justifier devant la population l'usage des moyens de l'État, conformément au décret sur la gouvernance budgétaire.

Méthode

Le rapport confronte les lois de finances et les rapports de la Cour des comptes à des entretiens menés auprès d'acteurs politiques et d'organisations de la société civile congolaises.

Publié en février 2025 par UNIS avec la coalition « Le Congo n'est pas à vendre » (CNPAV).

Thèmes Finances publiques Gouvernance République démocratique du Congo